Elections communales – les priorités concernant le Logement – Les accents des SDF

Pour déterminer les priorités que les SDF veulent établir à la veille des élections communales, une telle enquête avec discussion en groupe a été organisée à divers endroits: trois foyers d’accueil (Albatros, Talita et la Porte Ouverte), un service de logement accompagné (De Schutting), un centre de jour (Chez Nous) et notre propre atelier Caricole. 39 personnes y ont participé.
Comme le projet « Droit au logement pour les personnes SDF » a explicitement trait au logement, nous avons au préalable sélectionné des éléments de politique du logement qui peuvent être traités au niveau local. Une grande partie des compétences en la matière est du ressort de la Région, mais toute commune peut aussi prendre elle-même un grand nombre de mesures et effectuer des choix politiques pouvant concrétiser un peu plus le droit au logement des SDF.

Remarques préalables:

  • Certaines personnes ont clairement fait savoir ne pas avoir foi en la politique et ses représentants. Elles sont persuadées que ceux-ci ne tiendront jamais compte de leur opinion et croient encore moins pouvoir influencer en quoi que ce soit la politique menée. La majorité d’entre elles se disaient néanmoins disposées à réfléchir de façon constructive à d’éventuelles pistes qui pourraient améliorer la situation des SDF.
  • Les rencontres ont souvent engendré des discussions très intéressantes et révélé des points de vue inattendus. Les participants ont d’ailleurs souligné l’importance de telles discussions: la société nous impose un grand nombre de diversités; les foyers d’accueil et la rue nous confrontent fréquemment de très près à des groupes sociaux très diversifiés. Les discussions qui touchent le fond d’un problème sont capitales et forment une base importante pour la démocratie.
  • Les débats se sont souvent transformés en discussions contradictoires, l’expérience personnelle étant utilisée pour étayer certains arguments.

Nous avons emprunté à notre « test-SDF » neuf thèses que la politique communale pourrait influencer. Chaque participant a pu attribuer à ces thèses 3 points, soit en les répartissant sur trois thèses de son choix, soit d’une autre façon. Les gens ont aussi pu en proposer d’autres. Les thèses progressèrent vers le centre d’un cercle en fonction des points qui leur furent attribués, les thèses les plus centrales étant donc celles qui avaient réuni le plus de points. Ce ‘vote’ fut suivi d’une discussion basée sur les choix effectués. Nous présentons ci-dessous les thèses dans l’ordre d’importance qu’elles revêtirent pour les personnes interrogées.

  1. La commune doit créer plus de logements abordables. Comme cette thèse l’a, avec ses 23 voix, emporté sur toutes les autres, nous voulons qu’elle soit considérée comme priorité la plus importante. Au cours de la discussion, les gens ont également fait comprendre qu’ils ne se sentaient souvent plus bienvenus dans leur propre ville. Ils constatent par exemple que les logements qui sont construits par la commune ou le CPAS dans le cadre de contrats de quartier ou du plan “1000 logements” ne leur sont pas destinés. Des gens plus riches viennent s’installer en ville et eux-mêmes sont de plus en plus obligés d’aller vivre en dehors de celle-ci.
  2. La proposition ‘la commune doit prévoir plus de logements de transit et d’urgence’ arrive en seconde position. Elle provoque de nombreuses réactions: s’il y avait eu une solution temporaire au moment où les gens perdirent leur logement, ils ne seraient pas tombés si bas. Nombreux étaient aussi les témoignages de solutions provisoires chez des amis, de nuits passées dans la voiture ou en rue… Tout est pour de nombreux participants préférable à l’accueil de nuit existant.
  3. Les facilités permettant la dignité pour les gens qui vivent à la rue sont, elles aussi, souvent citées parmi les priorités. Les gens songent par exemple aux moyens qu’ils ont de conserver leur dignité: WC publics propres, douches, eau potable, bancs (pour s’allonger), espaces publics et réservés aux piétons, circulation moins dense en ville, propreté en général. Ce point engendre des discussions intéressantes: la vie dans la rue n’est-elle pas trop encouragée par toutes ces facilités? Y a-t-il des gens qui préfèrent vivre dans la rue? Les centres d’accueil actuels ne sont-ils pas trop stricts? Les toxicomanes ont-ils vraiment opté délibérément pour la vie dans la rue? Si vous investissez plus dans des infrastructures pour les gens de la rue, n’est-ce pas au détriment de solutions plus durables comme la construction de logements sociaux? Ne devons-nous pas avant tout veiller à ce que les gens ne se retrouvent pas dans la rue et soient obligés d’y vivre?
  4. Le droit d’occuper des bâtiments abandonnés. Thèse avec laquelle beaucoup de gens se disent d’accord. De nombreux participants trouvent scandaleux qu’il y ait autant de bâtiments vides alors que des gens sont obligés de vivre dans la rue. Nous avons également rencontré beaucoup d’incompréhension. Pourquoi des propriétaires préfèrent-ils voir leur logement vide plutôt que de le louer?
  5. Contrôle et sanctions systématiques pour les logements inoccupés. Cette recommandation politique a emporté 11 voix. Les gens disent que l’inoccupation fait du tort à tout le monde: l’image de la rue se détériore, elle gêne les voisins, attire les déchets…, et cela alors qu’il y a une énorme pénurie de logements abordables. Ne pas s’attaquer à l’inoccupation, c’est mener une mauvaise politique!
  6. La proposition portant sur le contrôle, l’aide et les sanctions réservés à la qualité des logements peut, elle aussi, compter sur beaucoup de voix. Les participants ont à ce niveau-là vécu de nombreuses expériences et constatent que la peur de se retrouver à la rue les place en tant que locataires dans une position parfois trop faible pour réagir. Ce point renvoie aussi aux logements d’urgence et de transit, qui servent de butoirs aux réactions contre les logements insalubres et inhabitables.
  7. Faciliter l’inscription à un logement public. Les gens qui désirent franchir le pas vers un logement public abordable doivent d’abord se frayer un chemin dans le dédale des procédures d’inscription et des listes d’attente. Un des participants a calculé que son nom figurait sur au moins 20 listes d’attente différentes (commune, logements sociaux, AIS). Difficile parfois de tenir toutes ces inscriptions à l’œil! Les gens prétendent aussi que les critères d’admission pour les logements sociaux ou publics manquent souvent de clarté ou soulèvent des questions d’équité.
  8. La proposition “Les SDF ont leur mot à dire dans la politique menée à leur égard” a obtenu moins de voix mais a quand même donné matière à discussion. Certains participants pensent qu’il est peu réaliste d’espérer que les hommes politiques se mettent à l’écoute de gens qui sont dans le pétrin. Beaucoup de promesses avant les élections, mais quand il s’agit de passer aux actes… D’autres se croient par contre bien placés pour savoir ce qu’il faut faire en faveur des sans-abris et des SDF. Ne l’ont-ils pas appris à leurs propres dépens et ne savent-ils donc pas mieux que tout autre quels conseils donner? Il est frappant que cette thèse connaisse surtout du succès à Chez Nous, où l’on a déjà acquis plus d’expérience au niveau du dialogue entre le monde politique et le groupe-cible.
  9. Une cellule pour SDF dans chaque CPAS: sur mesure, pour éviter la discrimination, est la proposition dont la priorité est la plus basse (6 voix). Les SDF doivent souvent régler pas mal de choses avec le CPAS. Les procédures sont parfois pénibles et insuffisamment taillées sur mesure. L’exemple cité est celui de la garantie locative: différents CPAS bruxellois se limitent à fournir une lettre de garantie, que la plupart des propriétaires refusent. Il arrive aussi que la prime d’installation se fasse attendre, et que le bénéficiaire vit parfois depuis de nombreux mois dans son nouvel appartement avant de la toucher. Il semble d’ailleurs que les gens sont d’habitude insuffisamment informés des allocations et soutiens existants.
  10. Une proposition supplémentaire faite par les participants concerne le droit à la cohabitation sans diminution des allocations. Beaucoup de gens souhaitent une compagnie ou réduire leurs frais en partageant leur maison ou leur appartement avec quelqu’un d’autre. Ceux qui bénéficient d’une allocation n’ont en principe (légalement) pas ce choix, bien que certaines communes fassent à ce niveau-là preuve d’une certaine souplesse. Le fait qu’il ne s’agit là pas d’un droit mais plutôt d’une faveur empêche souvent de savoir à l’avance quelle commune accepte la cohabitation pour réduire les frais.

Un des participants veut aussi discuter du manque de places dans l’accueil de nuit. Il trouve par exemple scandaleux que tellement de gens doivent passer la nuit dans la Gare du Nord et que les communes se refilent ce dossier brûlant en s’en lavant les mains. La question de savoir si ce problème relève de la compétence communale est, selon les personnes présentes, hors de propos. Quelqu’un remarque même que c’est en fait au CPAS qu’incombe la responsabilité de prendre soin des gens qui sont partout ailleurs mis sur la touche. C’est donc en fait à chaque CPAS de prévoir l’accueil nécessaire.

La voix de chacun compte-t-elle vraiment?

Nous avons en outre profité de notre tournée pour demander une attention particulière pour le droit de vote des non Belges. Nous avons à cet effet-là formé deux bénévoles qui nous ont accompagnés tout au long de notre périple. Le sujet a intéressé beaucoup de gens. Les participants sont en effet d’origine très différente et certains parmi eux ont même découvert qu’ils avaient le droit de voter à condition de s’inscrire. D’autres trouvent injuste de ne pas bénéficier de ce droit malgré leur implication dans la vie communautaire et leur volonté de donner leur opinion sur la politique suivie.
En préparant la formation, nous avons rencontré un problème d’un tout autre ordre: qu’en est-il des sans-abris belges frappés de radiation du registre de la population? Bien que Belges, ces gens sont privés du droit de vote. Est-il concevable qu’ils puissent se présenter à la commune où ils résident habituellement pour y chercher un bulletin de vote? À suivre!

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